I.
Le Mont-Beuvray – Bibracte – La Cité éduenne
La naissance d’Autun – Les éduens dans la Gaule romaine
De l’Eduie à la Bourgogne – Du Moyen Âge à nos jours
Le Mont Beuvray
Le Mont Beuvray est un massif de roches éruptives que de puissantes fractures ont fait jaillir du contexte viséen morvandiau. Maintenant très adouci par l’érosion, il se présente comme une masse arrondie d’environ
Bibracte
Cette cité s’appelait Bibracte, dont le nom s’est maintenu dans celui du Beuvray (Mons Biffractum des textes anciens (2). Plusieurs lignes continues de remparts, doublés de fossés profonds, construits à mi-côte sur des pentes très raides, rendaient toute attaque bien aléatoire et toute surprise impossible. C’est pourquoi, dans l’esprit des contemporains, et en premier lieu dans celui de César – expert en la matière – Bibracte était considérée comme l’oppidum (ville forte) la plus importante du pays éduen (3).
La Cité éduenne
L’histoire de Bibracte, c’est l’histoire de la « cité » éduenne, et par cité, il faut entendre, au sens ancien, non seulement la ville proprement dite, mais le peuple dont elle est le phare et le symbole. Au centre de
L'abandon de Bibracte et la naissance d'AUTUN
Lorsqu’Autun supplanta Bibracte, au début du premier siècle de notre ère, il n’y eut certainement pas acte d’autorité pour obliger les habitants de Bibracte à abandonner leur ville et à rejoindre Autun. Le simple attrait de la ville nouvelle, l’engouement pour une autre façon de vivre, ont dû suffire pour dépeupler, en quelques années, la vieille capitale, mais pas pour la bannir. Rien, dans les recherches archéologiques, ne permet de croire à un abandon brutal, à une destruction volontaire et simultanée des édifices gaulois de Bibracte. Bien au contraire, on voit édifier, à une époque qui doit être bien proche de la naissance d’Autun, un fanum sur
Les Eduens dans la Gaule romaine
Dans la paix romaine, il n’était plus question de compétition pour la prééminence avec les peuples voisins. Terminée, l’animosité entre Arvernes et Eduens. Cependant, on peut penser qu’un certain particularisme caractérisait toujours la nation éduenne, fait de la fidélité sans faille au mythe de Rome. Pour preuve en est l’adhésion immédiate à Claude, dit le Gothique, empereur de Rome, vers la fin du IIIe siècle, adhésion du peuple, de la cité éduenne, seule alors que tout le reste de
De l'Eduie à la Bourgogne
Après ce que nous appelons les « grandes invasions », le pouvoir exercé jusqu’alors en pays éduen par les familles patriciennes gauloises, de civilisation latine, passa progressivement entre les mains des aristocrates burgondes, puis francs, de civilisation germanique. Ce furent surtout des querelles de chefs car la population locale, essentiellement rurale et agricole, éprouvée et réduite par les guerres, ne subit pas grande modification ethnique. Comme les Romains, les Burgondes et les Francs apportèrent en pays éduen leur « art de vivre », mais non une population nouvelle ; quelques familles de chefs, des seigneurs, tout au plus. Mais les chefs ont des courtisans, ils sont imités, parfois maladroitement. De même qu’au 1er siècle de notre ère, les Eduens avaient adopté des patronymes latins, à partir du Ve siècle, ils adoptèrent des noms germaniques, ce qui fit supposer parfois la présence sur notre sol de populations d’origines différentes, vivant côté à côte. En fait, c’est toujours le même peuple. Ainsi, au fil des siècles, l’Eduie devint Burgondie et
Du Moyen-Age à nos jours
Ambition ducale que Charles-le-Téméraire ne parvint pas à concrétiser, et derrière laquelle le peuple éduen-bourguignon, restait fort loin car il ne parvenait pas à se relever des suites de la guerre de Cent ans. Les Anglais n’avaient fait que de courtes apparitions en Bourgogne, mais à leur suite étaient apparues un peu partout des bandes autonomes de soldats devenus brigands, connues sous le nom de « grandes compagnies », « écorcheurs », « robeurs »… Ils mettaient le pays au pillage, détruisant ce qu’ils ne pouvaient emporter. S’étant emparés de quelques places fortes – entre autres le château de
Toutes ces guerres entraînaient la mort ou la fuite de nombreux paysans, le vol ou la destruction des récoltes. A la guerre succédait immanquablement la famine, laquelle avait aussitôt pour conséquence des épidémies, globalement qualifiées de « pestes ». A tout cela s’ajoutait une évolution climatique défavorable accentuant les périodes de froid et de pluie. Très rapidement, les campagnes se désertifièrent. Dans certaines paroisses, l’épidémie fit disparaître en quelques semaines les quatre-cinquièmes de la population.
La première partie du XVe siècle vit sur notre sol la lutte des Armagnacs contre les Bourguignons. Les Armagnacs s’emparèrent de Château-Chinon en 1407. Ils en furent chassés en 1412. C’est de cette époque que date la ruine de presque toutes les vieilles forteresses qui couronnaient nos montagnes.
Le renouveau fut long à se manifester et très lent. Avec le XVIe siècle finissant débutent en France les guerres de religion. Elles agitèrent assez peu le pays éduen. Le peuple des campagnes demeura massivement dans la religion catholique : une religion devenue formaliste, ne demandant qu’assez peu d’efforts personnels et qui lui convenait parfaitement. N’adhérèrent à
Lorsque survint
Ces périodes agitées pour
La guerre de 1914-1918 provoqua une hémorragie terrible dans les campagnes du Morvan ; il suffit de considérer les monuments aux morts de nos villages. Toutes les familles furent frappées et souvent dans plusieurs de leurs membres. Vingt-cinq ans plus tard, lorsque le pays fut occupé par les troupes ennemies, il n’y eut aucun flottement dans l’esprit public : ce n’est pas dans nos campagnes que l’on vit beaucoup de partisans de la collaboration. Les Morvandiaux n’ont jamais été dupés par la propagande. Le Morvan devint ainsi un refuge de réfractaires, puis une pépinière de maquis.
II.
Le pays d’art et d’histoire du Mont Beuvray
Défense de la cité : le patrimoine castral
L’habitat rural et urbain : le patrimoine vernaculaire
Foi et monuments, croyances et superstitions : le patrimoine religieux
Le pays d’art et d’histoire du Mont Beuvray
Dans la constitution de la nation française, la « cité éduenne » apparaît de première importance. Elle est sans commune mesure avec son poids démographique et économique actuel : la « région Bourgogne », héritière de l’Eduie et de
Jean Séverin, président honoraire de l’Académie du Morvan, reconnaissant le désaccord des scientifiques quant aux limites du Morvan, déclare préférer la géographie du cœur à celle du roc et s’en remettre à la conscience d’une identité morvandelle qui se définit par « une culture pastorale et bûcheronne, un parler, des traditions, une foi… tout ce qui au long des siècles, a formé un type d’homme, modelé les traits profonds d’une race qui a su garder, à travers invasions et conquêtes, une relative pureté » (7).
Les Morvandiaux ont généralement pour caractères communs la persévérance dans le travail, le courage dans les épreuves, l’amour de la liberté. Souvent pauvres en richesses matérielles, l’adversité ne les abat point. Virescit vulnere virtus (8) voici une devise bien éduenne, que l’on peut lire au fronton d’un château de Monthelon, celle de la famille de Rabutin-Chantal. Cet art de vivre morvandiau, éduen, nous allons le découvrir dans les témoignages de la vie quotidienne de nos ancêtres : leurs demeures, leurs outils, leurs églises, leurs châteaux, dans les paysages qu’ils ont aimés, façonnés, transformés pour parvenir à celui qui nous environne aujourd’hui, pays de forêts et de prairies vallonnées, pays de sources et d’eaux vives, de lacs et de rivières, de landes et de rochers arrondis. Dans ce pays, nous ne verrons pas de monuments fameux : ils sont à la mesure d’une population pauvre et clairsemée. Autun et ses remarquables monuments romains et médiévaux, Saulieu, Vézelay, qui attirent chaque année de longues cohortes de visiteurs, sont les fruits éclatants de la sève éduenne et morvandelle, mais se positionnent au pourtour de notre « Pays d’art et d’histoire », là où avait émigré peu à peu la population du centre abandonné. Car le pays d’art et d’histoire, c’est ce centre géniteur du pays éduen, ce centre historique et géographique de la cité éduenne. C’est le pays des descendants de ceux qui n’ont pas abandonné Bibracte ou qui y sont revenus, attachés à la terre ancestrale par des sentiments mêlés d’amour et de devoir, mais sûrement pas d’intérêts matériels. Le Pays d’Art et d’Histoire se limite dans un rayon d’environ vingt-cinq kilomètres autour du Mont Beuvray, limite tout à fait arbitraire qui a été celle du souhait formulé par les cinquante-six communes désireuses de se regrouper dans cette entreprise. Ces cinquante-six communes se partagent entre les départements de
Défense de la cité : le patrimoine castral
Nous verrons dans la campagne de vieilles forteresses médiévales, plus ou moins ruinées, perchées sur les hauteurs entourant le Mont Beuvray et en défendant les couloirs d’accès. Ces positions stratégiques laissent supposer une occupation bien antérieure au Moyen Âge et, de fait, des témoignages d’occupation gallo-romaine se retrouvent plus ou moins nettement sur tous ces points fortifiés : Glenne, Roussillon,
Ainsi apparaissent, dès le XVIe siècle, des remaniements, modifications, remodelages des bâtiments d’habitation, l’éloignement de la basse-cour et des communs, et tous travaux visant à donner davantage d’aisance et de lumière aux inconfortables maisons fortes. Et au XVIIIe et XIXe siècles, on reconstruira complètement, à neuf, souvent même sur un terrain vierge voisin. Ainsi, nous avons parfois la chance de pouvoir admirer, presque côte à côte, les trois étapes de l’architecture castrale en Morvan. Le château XVIIIe ou XIXe n’a bien entendu plus aucune attribution militaire ou défensive. Le but alors recherché est celui d’une demeure de prestige, digne du renom de ses bâtisseurs. La beauté, l’harmonie avec l’environnement sont toujours recherchés et obtenus, quelle que soit l’importance de la demeure.
L’habitat rural et urbain : le patrimoine vernaculaire
Les demeures des gens humbles ont laissé moins de vestiges que celles de leurs seigneurs et l’on comprend bien pourquoi : la qualité de leurs matériaux, comme le soin de leur construction, laissait souvent beaucoup à désirer. Un besoin d’affranchissement des contraintes passées, une certaine honte de l’ancienne infériorité sociale, joints à l’imitation insensée des modes citadines, ont par ailleurs beaucoup contribué à détruire ou défigurer volontairement les belles demeures paysannes. Ne parlons pas des toits de chaume, qui devaient disparaître pour de simples raisons de sécurité, mais les belles toitures d’ardoises ou de tuiles plates, comme les bardeaux de châtaigniers, encore communs il y a cinquante ans, cèdent le pas à des matériaux beaucoup plus légers qui s’enlaidissent très vite. Question de coût, évidemment ! Néanmoins, quelques belles demeures existent toujours, assez fréquentes même dans les gros bourgs.
La ferme morvandelle classique du XIXe siècle, basse et allongée, au logis coincé entre l’étable et la grange, avec sa seule et étroite porte surplombant trois marches de pierres branlantes, accolée à une minuscule fenêtre jamais ouverte, n’existe plus. Rehaussée, souvent amputée d’un côté et agrandie ou modifiée d’un autre, on a souvent de la peine à la reconnaître dans les bâtiments actuels (10). Gardons-en le souvenir, mais ne la regrettons pas : l’air et la lumière y pénétraient difficilement. A côté de ces habitats misérables, où bêtes et gens se serraient au plus près pour partager la chaleur commune, nous pouvons rencontrer encore quelques beaux domaines, spacieux et bien bâtis autour d’une vaste cour carrée, quelquefois pavée. Certaines identités entre domaines voisins font apparaître un concepteur commun, quelque riche châtelain de la fin du XIXe siècle, passionné d’agronomie et soucieux de mettre entre les mains de ses fermiers les meilleures installations susceptibles de rentabiliser la terre (11).
Si l’habitat rural, à part ces quelques exceptions est somme tout peu original et récent – rares sont les maisons rurales antérieures au XVIIIe siècle – le patrimoine semi-urbain des gros bourgs est beaucoup plus intéressant. Ceux-ci ont souvent conservé un certain nombre de belles – autrefois riches – demeures bourgeoise des XVe, XVI et XVIIe siècles, solides, peu modifiées, formant parfois de beaux ensembles architecturaux : elles furent habitées par les gens de loi et d’église, les commerçants et artisans qui faisaient la prospérité de ces villages, centres de foires et marchés. Ce patrimoine mérite d’être protégé : peu adapté aux nécessités de la vie moderne, son entretien et sa mise en conformité avec les normes d’hygiène et de confort coûtent cher. Il est donc menacé d’abandon et donc de dégradation. Parmi ces bourgs remarquables, citons Château-Chinon, bâti sur son piton rocheux, au pied des ruines de son château fort, aux belles maisons serrées à l’intérieur de remparts dont subsistent quelques tours : Moulins-Engilbert, véritable petite merveille construite également au pied d’un château, dans la boucle d’une rivière riante, tout comme Luzy. Plus modestes, mais non moins attrayants, il faut voir aussi les villages de Larochemillay, Mesvres,
Foi et monuments, croyances et superstitions : le patrimoine religieux
Le patrimoine religieux mérite lui aussi un regard approfondi. Nous ne trouverons pas de monuments célèbres, mais les témoignages d’une foi ancienne solidement enracinée. Le pays éduen fut très tôt évangélisé. Autun eut un évêque dès le IVe siècle. La légende attribue à Saint-Martin, mort en 397, la destruction d’un « temple d’idoles » au sommet du Mont Beuvray. Les « pas » fabuleux de sa monture ont laissé leurs empreintes sur bien des roches de notre région. Dans quelle mesure la légende a-t-elle enjolivé la réalité ? Ce qui semble assuré, c’est que Martin, évêque de Tours, mais surtout évêque missionnaire, est venu rendre visite et apporter son aide à son confrère autunois. C’est à dire que dès le IVe siècle, une communauté chrétienne structurée existait dans la région autunoise et qu’elle pouvait soutenir et poursuivre l’action commencée par Saint Martin.
L’évangélisation des campagnes fut longue et difficile. Le christianisme apportait un bouleversement des valeurs alors communément admises. On en ignore les péripéties, mais à l’époque carolingienne des paroisses apparaissent un peu partout autour des multiples petits prieurés. Aux XIe et XIIe siècles, nos actuels villages avaient tous église et chapelle.
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, l’évolution démographique des campagnes, en expansion continue depuis
Les églises, presque toutes construites aux XIe et XIIe siècles, l’avaient été pour des populations bien inférieures en nombre. Or, au XIXe siècle, où la pratique religieuse était très développée, ces églises étaient souvent devenues trop petites. Peu ou mal entretenues, elles étaient également insalubres ou menaçaient ruine. Beaucoup d'entre elles furent alors condamnées à disparaître. On les remplaça par des édifices plus vastes mais on construisit à bon marché du néo-gothique ou du néo-roman aujourd’hui bien délabré, quasiment abandonné par une population retombée au niveau démographique le plus bas de son histoire, et dont la pratique religieuse a considérablement diminué. Heureusement, quelques vieux sanctuaires ont échappé à la mode dévastatrice. C’était généralement dans les paroisses les plus pauvres ou celles qui n’avaient pas sur leur territoire quelque richissime et généreux donateur, prenant sur sa fortune la plus grosse part des dépenses engagées pour le bien des âmes. Rarement venait à l’idée des responsables religieux ou administratifs l’idée que puisse être réparé ou agrandi l’édifice menacé. On n’avait généralement que mépris pour les vieux monuments, jugés « barbares » et pour leurs œuvres d’art, qui pouvaient être si avantageusement remplacées par les productions en série de l’industrie dite « sulpicienne ».
En dehors des églises paroissiales, il existe bien d’autres monuments de l’histoire de la foi, d’une foi souvent issue de croyances pré-chrétiennes. Chapelles rurales, chapelles de dévotions, fontaines sacrées et guérisseuses, calvaires de carrefours, de ponts, de cimetières, sans parler de quelques vertiges de croyances plus lointaines, arbres, grottes, rochers ou sources. Beaucoup allient sur un même site, chapelle, arbre et fontaine par exemple. Ces chapelles souvent rebâties sommairement tout au long des siècles, ont représenté un phénomène attractif extraordinaire de piété populaire. Pendant des siècles, elles ont rassemblé, à périodes fixes – Pâques et Pentecôte, bien souvent et le lundi pour ne pas contrarier le culte officiel – des foules de plusieurs centaines et parfois de plus de mille pèlerins. Ces derniers venaient quelquefois simplement des paroisses voisines, quelque fois de fort loin, à pied, en plusieurs jours s’il le fallait, conduits par leurs curés. Ces rassemblements, qu’on appelait des « apports » étaient à la fois religieux et profanes. Souvent, on y mangeait, on y buvait, on y dansait et quelquefois on finissait par se battre, le vin aidant. Ils se sont poursuivis jusqu’à la fin du XIXe siècle et se sont peu à peu estompés. Parmi les plus célèbres, citons la foire du premier mercredi de mai sur le Mont Beuvray, inaugurée par le pèlerinage à la fontaine Saint-Pierre. Plus exclusivement religieux, ceux du Faubouloin et de
Faubouloin, sur la commune de Corancy, est un site sacré où le culte s’articule autour d’une chapelle et de trois sources, les fontaines Saint-Marie et Sainte-Marguerite et la fontaine du Frêne. Les deux premières guérissaient les « bavous » et les « bitoux » (12), la troisième favorisait les mariages (sans référence à l’apparence même d’un culte chrétien). A côté de Faubouloin, un oppidum, celui de Verdun et un arbre sacré, un hêtre, replanté de génération en génération, le « Fou » de Verdun (13), qui partageait avec fontaines et chapelle la dévotion des fidèles.
La modeste chapelle que l’on voit aujourd’hui au sommet du Beuvray a été construite en 1873. Elle succède à une suite d’édifices construits au cours des siècles sur le même emplacement, le premier d’entre eux étant un fanum gallo-romain bâti au début de notre ère, sans doute très peu de temps avant l’abandon de Bibracte. C’était un bel exemple de la pérennité d’un culte surmontant l’obstacle des transformations religieuses. La tradition du pèlerinage n’a sans doute jamais été interrompue. L’attraction du Beuvray est toujours demeurée très vive parmi les populations voisines. Au Moyen-Âge, le seigneur de Larochemillay y tenait les assemblées féodales, « jours » de justice, et rassemblement des vassaux en armes.
La foire du premier mercredi de mai avait une réputation immémoriale. Un chemin, dit des « Foires du Beuvray », probable voie celtique, se déroule de crête en crête, depuis
III.
Histoire économique
La forêt, le flottage
Industrie et sous-sol
Agriculture – Evolution et paysage
Démographie et flux migratoire
Perspectives d’avenir
La forêt, le flottage
L’histoire économique de notre pays est celle d’une région rurale à sol pauvre, caractérisée par son isolement. Durant l’antiquité, le pays éduen était sillonné de nombreuses et bonnes routes, rayonnant autour de Bibracte, puis d’Autun vers
Voir aussi cet article (pour revenir utiliser la flèche "retour", ne fermez pas la page) :
Archéologie contemporaine du flottage des bois sur l'Yonne et ses affluents
L’exemple qui semble le plus remarquable d’aménagement aux nécessités du flottage d’une installation préexistante est celui du pseudo canal de Touron (commune d’Arleurf). Il s’agissait d’un immense fossé d’environ cinq cents mètres de longueur, vingt mètres de large et dix mètres de profondeur, vraisemblablement édifié à l’époque romaine sur la ligne de partage des eaux, afin de stocker les eaux du haut Morvan pour les envoyer par les voies naturelles, au moment choisi, sur Autun (donc ensuite l’Arroux et
Industrie et sous-sol
L’activité industrielle et l’exploitation du sous-sol sont aujourd’hui à peu près inexistantes. Certes, le pays possède des richesses minérales certaines. Les minéraux les plus divers apparaissent dans tout le haut Morvan, le fer, le plomb, l’argent, le cuivre principalement mais en quantité et en teneur insuffisantes pour justifier une exploitation rationnelle. Le fer a été exploité un peu partout dans le passé lointain autour de Bibracte, les nombreux ateliers métallurgistes gaulois l’attestent. Il s’agissait généralement de petits gisements de surface, exploités jusqu’à épuisement complet, et qui de ce fait n’ont pas laissé de traces. Les seuls vestiges de quelque importance se retrouvent en forêt de Chatillon, sur la commune de Villapourçon et sur celle de Larochemillay, le long de l’ancienne voie de Bibracte à Saint-Honoré, à quelques kilomètres seulement de Bibracte. Le gisement exploité en excavations, aussi proches que possible les unes des autres, sur le sommet du filon, a été repris un peu plus bas en puits et galeries au cours du XIXe siècle. Malheureusement, les difficultés inhérentes au transport du minerai, compte tenu des mauvais chemins, eurent vite raison de l’entreprise. Il fallait transporter les matériaux jusqu’au Creusot –
La pierre à bâtir fut aussi exploitée. Dans notre région, ce fut le granit, apprécié pour la taille. Les carrières, nombreuses et continuellement exploitées, n’ont que très rarement conservé les traces du travail antique.
L’eau, par le thermalisme, fut source de richesse à l’époque gallo-romaine. Des thermes somptueux avaient été bâtis à Saint-Honoré-les-Bains, le long de la route Chalon-Bibracte-Decize. Ils apparaissent vers 50 avant J.-C. Il disparaissent avec les invasion et la désertification des campagnes vers la fin du IVe siècle ou le début du Ve. C’était une station importante, connue sous le nom d’Aquis Niscincii. Sept puits fournissaient des eaux sulfurées et arsenicales, à températures élevées, sans doute utilisées, comme de nos jours pour les affections des voies respiratoires. D’autres sources minérales de moindre importance étaient exploitées dans les environs, à Onlay, à Larochemillay. On en retrouve la trace dans la toponymie et dans quelques vestiges en surface.
Le schiste fut largement exploité aux premiers siècles de notre ère dans le bassin d’Autun. Utilisé dans la construction comme élément de décor, en plinthes, moulures, tablettes de revêtement, mosaïques, il était très apprécié pour sa légèreté, l’aisance de son travail, son poli et sa belle couleur noire et on l’exportait assez loin. On le retrouve dans presque toutes les belles maisons romaines du pays éduen. On l’exploite à nouveau au cours du XIXe siècle, mais pour un tout autre usage. Roche sédimentaire formée dans les boues des fonds marins riches en matières organiques, le schiste autunois renferme du bitume. Exploité sur Cordesse, Igornay, Tavernay (en ce qui concerne le Pays d’Art et d’Histoire) et sur Saint-Forgeot pour le principal, l’industrie du schiste atteignit son apogée durant la guerre de 1939-1945. On produisait du pétrole brut, raffiné sur place et tous les sous-produits industriels du traitement : huiles, engrais, goudrons, matériaux de construction… Le pays éduen faillit bien devenir une véritable région industrielle, car les réserves étaient immenses. Malheureusement, la paix revenue, il n’était pas possible de résister à la concurrence des produits pétroliers du Proche et du Moyen Orient. La dernière usine, qui produisait 8000 tonnes de pétrole brut par an, ferma ses portes en 1955. On tenta, à la fin du XIXe siècle, d’extraire la houille, mais très modestement : quelques petites exploitations sur
Agriculture - Évolution et paysage
L’activité agricole, activité de base de la plupart des habitants du Pays d’Art et d’Histoire, a considérablement évolué depuis la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Activité de subsistance, comme nous l’avons dit, elle était extrêmement diversifiée. Même la vigne était cultivée sur les pentes sud-ouest du massif, dans les vallées de l’Alène et de
La période située entre les deux guerres 1914-1918 et 1939-1945 n’engendre pas un rétablissement mais une transformation progressive de la mise en valeur du sol, comme de la construction du paysage. Les mentalités n’ont pas encore vraiment changé, mais la nécessité – le manque de bras – oblige à changer les habitudes : le nombre de parcelles cultivées s’amenuise, l’élevage progresse, la prairie gagne les hauteurs, la vigne disparaît, les vieilles maisons ou les maisons isolées sont abandonnées, certains chemins tombent en désuétude. Cependant, on demeure encore en relative polyculture.
C’est la seconde guerre mondiale qui va accélérer l’évolution. Après les souffrances et les privations de quatre années de « retour en terre », il n’est plus question, pour les générations nouvelles, de simplement survivre, mais de rentabiliser au maximum leur patrimoine. Le nombre de paysans a diminué de moitié, par rapport au début du siècle, mais après la pénurie, la demande de produits agricoles paraît illimitée. Il faut donc impérativement augmenter la productivité, ce qui aboutit à produire moins cher. Mais comme cette transformation elle-même coûte cher, il faut être de moins en moins à en partager le profit. Ainsi, causes et conséquences de la nouvelle situation : moins de monde et une demande accrue se percutent et aboutissent à une transformation rapide du mode de vie et du paysage.
Les exploitations et les habitats se modernisent, on remplace les hommes par des machines, les parcelles se remodèlent et se regroupent, les chemins inutiles ou tortueux disparaissent, la conception autarcique de l’économie disparaît ainsi que la notion d’autoconsommation.
Pratiquement, seules deux activités subsistent : l’élevage bovin et l’exploitation forestière où le résineux a remplacé le feuillu. Le cultivateur d’autrefois a acquis une mentalité d’industriel de la production agricole et subit maintenant les conséquences des crises économiques frappant l’industrie.
Démographie et flux migratoire
A partir de la fin du XVIIIe siècle, approximativement depuis
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1777 |
2de moitié du XIXe |
1990 |
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Anost |
env. 1320 |
3863 |
746 |
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Mesvres |
env. 360 |
1421 |
836 |
|
St Léger s/s Beuvray |
env.780 |
1868 |
540 |
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La Tagnière |
env. 600 |
1061 |
274 |
Que s’est-il passé ?
Tout d’abord, on peut considérer que les chiffres atteints en fin du XIXe siècle constituent un seuil au-delà duquel il n’aurait sans doute pas été possible d’assurer une vie normale des populations, les ressources du sol étant très limitées. Ensuite cette époque correspond à celle du désenclavement du Morvan. De bonnes routes sont établies, les chemins de fer sont mis en service. Si donc la vie devient trop dure, il est possible de s’expatrier. Toutes les conditions se trouvent remplies pour provoquer un flux migratoire vers l’extérieur et, dans une moindre mesure, un apport extérieur à une population qui avait maintenu son homogénéité. Il était alors assez peu question pour le paysan morvandiau de s’expatrier pour aller travailler à l’usine. D’ailleurs l’essor industriel n’en était qu’à ses débuts, et au Creusot, par exemple, seul centre industriel proche de la région, les usines nouvelles accueillaient principalement des ouvriers venus du nord et de l’est de
Petit à petit, vint la migration des hommes jeunes, de ceux, les plus doués, qui avaient pu acquérir un diplôme grâce à l’obligation scolaire et qui aspiraient à une place dans l’administration, la police, l’armée… Mouvement inévitable, mais dangereux car aboutissant à la fuite des meilleurs éléments de la population.
Une autre migration, celle-ci saisonnière, existait sans doute depuis fort longtemps. La modicité des ressources acquises en Morvan rendait indispensable une activité professionnelle complémentaire. Celle-ci consistait à se louer temporairement, pour effectuer d’autres travaux agricoles dans les régions voisines. On partait ainsi faire les moissons en Auxois et l’on rentrait juste à temps pour les faire en Morvan, en raison du décalage des récoltes. Après une pause, on repartait faire les vendanges sur la côte bourguignonne. En hiver, on formait des attelages et l'on se louait, hommes et bœufs pour de grandes opérations de transports, parfois jusque dans le nord ou l’ouest de
Ainsi, un certain bouillonnement commençait à agiter le Morvan à la fin du XIXe siècle, et à briser progressivement l’isolement des siècles passés : les nourrices, les domestiques, les fonctionnaires, les ouvriers agricoles sortaient et rentraient au pays natal. Le service militaire obligatoire envoyait aussi, souvent pour plusieurs années, tous les jeunes hommes aux quatre coins de
Autre mouvement de population, cette fois en sens inverse : celui des jeunes enfants sans famille, abandonnés, orphelins, remis à l’Assistance Publique de Paris et confiés par cette institution à des familles rurales, moyennant une aide matérielle en argent. Cette opération était généralement bénéfique – hormis quelques excès – tant pour les enfants qui trouvaient une famille adoptive et des conditions de vie normales, que pour les adoptants qui obtenaient ainsi quelques ressources complémentaires régulières pendant plusieurs années. L’administration suivait de près l’évolution de l’éducation et de la scolarisation de l’enfant jusqu’à sa majorité. Pour certaines communes rurales, près de la moitié des enfants scolarisés étaient des pupilles de l’Assistance Publique. Cette situation a duré jusqu’à la seconde guerre mondiale. Beaucoup de ces enfants se sont mariés sur place et sont restés en Morvan, compensant dans une certaine mesure l’hémorragie des départs à la ville et des disparus de la guerre de 1914-1918.
Perspéctives d'avenir
La situation actuelle de la campagne morvandelle est celle de presque toutes les campagnes de France : au point de vue démographique, un seuil critique est atteint, la désertification est au seuil du XXIe siècle ; au point de vue économique, la voie suivie depuis les dernières décennies aboutit à une impasse. Pourtant, les perspectives d’avenir ne sont pas toutes négatives. Le tourisme reste l’une des voies à explorer. Il ne peut suppléer à toutes les carences d’un tissu économique malade, mais il peut être facteur de renaissance.
Mais quel tourisme ? Familial, culturel, sportif, tourisme de week-ends, de court ou long séjour, toutes les formules sont à étudier.
Dans ce domaine, le « Pays d’Art et d’Histoire » n’apporte pas la solution miracle, mais valorise les meilleurs atouts du Morvan, ceux qui ne disparaîtront pas. Bien des activités économiques ont disparu dans le passé, le flottage, la galvache par exemple et le Morvan a continué à vivre. D’autres disparaîtront encore et le Morvan vivra toujours. Car demeurent les témoins immortels de son histoire et les descendants actuels des premiers Eduens conservent toutes les qualités d’accueil de leurs ancêtres. Il vous feront aimer ce beau pays et vous donneront l’envie d’y revenir souvent.
© Roland Niaux, 09 février 1994
Publication électronique : 2006-2007
[1] On a beaucoup exagéré la rigueur du climat morvandiau, et spécialement celle du Mont Beuvray. Selon J. Bonnamour (Le Morvan, la terre et les hommes, PUF, 1966), les trois caractères du climat morvandiau sont l’irrégularité d’une année à l’autre, une pluviosité abondante, des températures modérées et des gelées fréquentes. On ne peut en tirer argument pour déclarer le Mont Beuvray inhabitable.
[2] A. de Charmasse, Cartulaire de l’Église d’Autun, p. 151 et 350 dans les actes datés de 1227 et 1236.
[3] “Oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo”, César, De Bello gallico, I-23.
[4] Etaient “clients” des Eduens, les Aulerques Brannovices (Nivernais), Ségusiaves (Forez), Ambarres (Bresse et Ain). Les Séquanes (Franche-Comté) et les Helvètes (Suisse) étaient tiraillés entre Eduens et Germains. Les Biruriges (Berry) étaient l’objet de l’attention spéciale des Arvernes et des Eduens. Les Senons (nord de l’Yonne) et même les Bellovaques (région de Beauvais), étaient dans la mouvance éduenne.
[5] César, op. cit., I-33.
[6] Pour Camille Jullian (Histoire de
[7] Jean Séverin, « Morvan » in Richesses d’art en Morvan, catalogue d’exposition, Paris, Picard, 1983 ;
[8] La vertu s’accroît dans les épreuves.
[9] J.-G. Bulliot, Essai sur le système défensif des Romains dans le pays éduen, Autun, Dejussieu, 1856.
[10] Françoise Thinot, Maisons paysannes en Bourgogne, 1983. C’est peut-être dans les hameaux de Roussillon-en-Morvan que l’on retrouvera les plus nombreux vestiges reconnaissables des vieilles fermes morvandelles : Jeuzot, Les Pécines, Les Barbeaux, Aigreveau, Le Grand Mizieux.
[11] Entre autres : Saint-Léger-de-Fougeret, Poil, Thil-sur-Arroux (Vauqueunes),
[12] Il s’agissait de maladies d’enfants. Les « bavous », comme on le devine, devaient plus ou moins baver ; peut être en raison d’une dentition défectueuse. Les « bitous » étaient atteints de maladies des yeux, pyorrhée, conjonctivite, toutes maladies fréquentes par manque d’hygiène.
[13] « Fou », diminutif de foyard, du latin fagus, hêtre. « Verdun » : nom gaulois, formé de dunum, signifiant enceinte fortifiée et du préfixe à caractère intensif ver, ce qui veut dire à peu près : « super forteresse » (on voit ailleurs Verdun-sur-Meuse, Verdun-sur-le-Doubs).
[14] Société Scientifique de Clamecy, Flottage des bois en Morvan (Centenaire), nouvelle série n°1, Clamecy, Leballery, 1977.